Usure normale ou dégât facturable ? Le guide pour la location saisonnière
Mis à jour le 16 octobre 2026
Le voyageur est parti, et vous découvrez une auréole sur le canapé, un drap qui a viré au gris ou une rayure sur le parquet. Faut-il lui demander de payer ? Tout dépend d’une question que les plateformes, les assureurs et les juges se posent avant vous : s’agit-il d’usure normale, ou d’un dégât causé pendant le séjour ? Voici comment faire la différence, avec des exemples concrets.
Sans photo d’avant, impossible de trancher
constatséjour photographie l’état de référence de chaque pièce, puis le voyageur reprend la même vue à son départ. Gratuit, sans application à installer pour lui.
La règle en une phrase
Le voyageur répond des dégradations survenues pendant son séjour, mais pas de l’usure normale ni de la vétusté. C’est le principe posé par le Code civil pour tout locataire (articles 1730 à 1732), et c’est aussi ce que retiennent les plateformes : la garantie dommages d’Airbnb exclut explicitement l’usure normale et la dégradation liée au temps.
Autrement dit, vous ne pouvez pas faire payer au voyageur le simple fait que votre logement a servi. Vous pouvez lui faire payer ce qui a été abîmé de façon anormale pendant qu’il l’occupait.
Les trois questions pour faire la différence
- Est-ce que ça arrive avec un usage normal ? Un linge qui s’use au fil des lavages, oui. Un drap brûlé par un fer à repasser, non.
- Est-ce progressif ou soudain ? L’usure s’installe lentement, sur des dizaines de séjours. Un dégât apparaît d’un coup : une vitre fêlée, une grosse tache, un pied de chaise cassé.
- Pouvez-vous montrer l’état d’avant ? C’est la question décisive. Sans photo datée de l’état du logement avant le séjour, la différence entre les deux reste votre parole contre celle du voyageur.
Exemples concrets, pièce par pièce
| Élément | Plutôt usure normale | Plutôt dégât facturable |
|---|---|---|
| Canapé, fauteuils | Tissu un peu terni, assise légèrement affaissée, petite marque qui part au nettoyage | Tache de vin ou de graisse incrustée, brûlure de cigarette, accroc, griffures d’animal |
| Linge de lit et de toilette | Tissu qui s’affine ou grisaille avec les lavages, petite bouloche | Tache de maquillage, de sang ou de teinture qui ne part pas, trou, brûlure, linge manquant |
| Matelas | Léger tassement après des années | Tache importante ou auréole (protège-matelas retiré), matelas déformé par un usage anormal |
| Sols | Micro-rayures sur un parquet ancien, joints qui ternissent | Rayure profonde, impact, lame gonflée par une inondation, brûlure sur un vinyle |
| Murs | Peinture légèrement passée, petites traces de frottement | Trous de fixation non autorisés, graffitis, éclaboussures, papier peint arraché |
| Cuisine | Plaque qui perd de son éclat, ustensiles qui s’usent | Plaque vitrocéramique fissurée, plan de travail brûlé, poêle anti-adhésive rayée au couteau |
| Équipements | Appareil qui tombe en panne en fin de vie | Télévision tombée, télécommande cassée, appareil endommagé par une mauvaise utilisation |
Ces exemples sont des repères, pas une grille officielle : l’âge et l’état initial de l’objet comptent toujours. Une tache sur un canapé de dix ans déjà marqué ne se juge pas comme sur un canapé neuf.
Ce qui fait pencher la balance : l’état d’avant
Dans presque tous les litiges, la question n’est pas « le dégât existe-t-il ? » mais « était-il déjà là avant ce voyageur ? ». Sans état des lieux, le Code civil présume que le locataire a reçu le logement en bon état (article 1731). Mais en location saisonnière, avec des voyageurs qui se succèdent parfois le même jour, cette présomption pèse peu : il faut pouvoir montrer que le dégât est apparu pendant ce séjour, et non pendant le précédent.
Trois réflexes changent tout :
- Une photo de référence de chaque pièce, prise quand tout est en ordre, et de chaque élément fragile ou coûteux : canapé, literie, plaque, parquet de l’entrée.
- La même vue au départ du voyageur, pour comparer à angle égal plutôt que de chercher une photo dans votre téléphone.
- Des photos datées et conservées, avec un horodatage que vous n’avez pas à justifier vous-même.
Avant / après, côte à côte, en deux minutes
Avec constatséjour, le voyageur photographie chaque pièce sous le même angle que votre référence, depuis un lien ou un QR code. Vous recevez un rapport PDF daté, avec l’empreinte numérique de chaque photo : un élément de documentation clair, qui ne préjuge pas de son acceptation par un tiers.
Combien pouvez-vous demander ?
Même quand le dégât est avéré, vous ne pouvez demander que le préjudice réel, pas la valeur à neuf d’un objet ancien. Les assureurs et les plateformes appliquent couramment un abattement pour vétusté : un canapé de huit ans ne vous sera pas remboursé au prix d’un neuf.
- Nettoyage possible : demandez le coût du nettoyage professionnel, facture à l’appui.
- Réparation : le devis ou la facture du réparateur.
- Remplacement : le prix d’un objet équivalent, diminué de la vétusté.
Dans tous les cas, gardez les justificatifs : sans facture ni devis, une demande est rarement acceptée, et la plateforme peut la rejeter.
Comment le demander, selon la plateforme
- Airbnb : la demande passe par le Centre de résolutions, dans des délais précis. Voir notre guide Dégâts Airbnb : se faire rembourser avec AirCover.
- Booking : la procédure est différente et passe souvent par le voyageur directement. Voir Dégâts causés par un voyageur Booking.
- Location en direct : c’est la caution qui vous protège, à condition de justifier chaque retenue. Voir La caution en location saisonnière.
Et si le voyageur refuse de payer, notre guide Le voyageur refuse de payer les dégâts : quels recours ? détaille les étapes, de la réclamation amiable au conciliateur de justice.
Limiter l’usure… et les discussions
- Protège-matelas et housses lavables sur le canapé : la meilleure assurance contre les taches.
- Linge blanc, qui supporte les lavages à haute température et le détachage.
- Règles claires dans votre règlement intérieur et votre livret d’accueil : pas de chaussures sur le canapé, animaux acceptés ou non, maquillage et serviettes dédiées.
- Un constat à chaque départ, même quand tout va bien : c’est ce qui vous permettra, le jour où un vrai dégât arrive, de montrer qu’il est récent.
En résumé
- L’usure normale ne se facture pas : seul un dégât anormal survenu pendant le séjour peut l’être.
- Usage normal, apparition progressive : usure. Accident ou négligence, apparition soudaine : dégât.
- Vous ne récupérez que le préjudice réel, vétusté déduite, avec justificatifs.
- Tout repose sur l’état d’avant : sans photo datée, la discussion tourne court.
Votre prochain départ, documenté en deux minutes
État de référence, constat du voyageur, PDF avant/après. Gratuit, sans carte bancaire.
Cet article donne des repères généraux et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.